Le papa, plus qu’un géniteur…
Maria Khalil
Si jadis, élever les bébés, relevait uniquement du ressort des femmes, aujourd’hui tout le monde s’accorde pour dire que le père a un rôle à jouer auprès de son enfant aussi important que celui de la mère. Un rôle différent mais complémentaire essentiel au développement psychoaffectif du nouveau-né. Pour cela, les psychologues recommandent la présence du père le plus tôt possible dans la vie de l’enfant. Mais ce n’est que lorsque le géniteur accompagne dans l'amour la création de ce nouvel être qu’il devient papa. Un papa, qui par sa présence et par, son corps agit sur le développement de son enfant.
Classiquement, on dit en psychologie que l’enfant a besoin d’une troisième personne pour établir une relation normale avec sa mère. La naissance n’a pas réellement séparé l’enfant de sa mère. Le père, de par son existence même, empêche que la relation fusionnelle mère-nourrisson ne se prolonge plus que nécessaire. Il coupe symboliquement le cordon ombilical en assurant une régulation de la distance entre la mère et l’enfant aidant ainsi la mère à accepter que son enfant acquière son indépendance et finisse par se séparer d’elle.
En plus d’être un acteur de séparation, le père est un modèle d’identification pour l’enfant. En effet, le papa est le représentant du sexe masculin dans la cellule familiale. Pour le garçon, il est un modèle d’identification mais également un rival par rapport à la mère. Pour la fille, il est une sorte de modèle idéal de l’autre sexe. Ainsi, le père doit offrir une image d’identification valable à son fils. D’autre part, la fonction de rival qu’exerce le père dans l’inconscient de l’enfant, permet à ce dernier d’acquérir une certaine confiance en lui et ainsi, le préparer aux compétitions sociales futures. Quant à la fonction paternelle
chez la fille, elle consiste à lui faire découvrir le rôle complémentaire de la mère, celui de femme et ainsi, assurer l’acquisition d’un modèle de féminité.
D’autre part, le papa, de par sa nature relationnelle avec son bébé, est un acteur important dans l’éveil de ce dernier. En effet, le jeu est la composante majeure de la relation père-enfant. Souvent, les pères valorisent et pratiquent les activités favorisant un contact physique intense. Ils sont plus intrusifs, plus imprévisibles, plus physiques. Par ses taquineries, ses tentatives de déstabilisation, le père incite l’enfant à s’adapter à la nouveauté. Par sa tendance à encourager l’exploration du monde extérieur, il le prépare à affronter l’inconnu. Par son inclination pour les jeux physiques (chatouilles, luttes simulées…), il contribue à le sensibiliser au respect des règles et de l’adversaire. De plus, le père via le jeu exerce un
rôle dans la régulation des émotions de l’enfant telles que l’agressivité et l’excitation. Car, le jeu avec l’enfant implique des stimulations physiques. Cependant, il ne faut pas que l’excitation du jeu se transforme en une véritable bagarre. L’établissement d’une limite aide l’enfant à contrôler son agressivité.
Publicité
Par ailleurs, le père est un pilier essentiel dans la construction psychique du bébé garçon car c’est lui qui interdit le rêve de la possession exclusive de la mère dans la dynamique oedipienne Peu à peu l’enfant s’aperçoit que sa mère est capable d’intérêt pour quelqu’un d’autre que lui, son père. C’est ainsi, que le père aide son fils à sortir des jupes de sa mère.
Ainsi, la fonction paternelle agit sur la constitution de la personnalité de l’enfant. Elle intervient au niveau du développement affectif en assurant les possibilités d’autonomie et d’indépendance. Elle intervient également au niveau de l’organisation de la personnalité, dans la mesure où elle permet à l’enfant d’intégrer en lui un modèle masculin. Par ailleurs, elle a un impact sur l’acquisition des habilités sociales telle la confiance et la régulation des émotions.
Cependant, pour que le père puisse endosser son rôle, il faut que la mère accepte de lui faire une place : la maman a le pouvoir de donner à son enfant une image de son père par la façon dont elle parle. C’est elle également qui peut faire exister le père quand il n’est pas là en se référant à ses paroles et à son autorité. Elle aide donc, l’enfant à intérioriser une bonne image du père. Pour cela, des relations conjugales harmonieuses ont une influence directe sur le développement psychoaffectif et sur le bien-être du bébé.
En conclusion, contrairement à la femme qui devient mère par un processus biologique, l’homme lui, devient père par un processus symbolique lié à l’environnement direct de l’enfant. Plus souvent qu’autrement, son amour grandira graduellement au fur et à mesure qu’il apprend à connaître son petit qui fait à présent partie de sa vie. C’est alors qu’il le mettra au monde en l’invitant à se dépasser et en l’entraînant plus loin que la sécurité maternelle pour qu’il puisse trouver la sécurité en lui-même.
Autres articles dans paternité
|