Aimer ses enfants, ce n'est pas suffisant
Je n'ai jamais cherché à remporter le trophée de la meilleure mère. J'ai une vision très lucide et réaliste de la chose: peu importe ce que je vais faire, mes enfants vont me le reprocher une fois rendu à l'adolescence. Alors je suis décidée à faire de mon mieux, dans la mesure de mes moyens (je ne parle pas de moyen financier ici, il est triste d'avoir à le préciser). Bien sûr, comme tout le monde, j'ai eu ma passe comparaison. Celle où je vois toutes les autres mères et c'est incroyable comment elles sont mieux que moi, comment elles en font plus et mieux. J'en ai parlé ici. Mais somme toute, j'aime mes enfants et je veux le meilleur pour elles. Même si le meilleur implique de dire non ou d'imposer une conséquence (je ne punis pas mes enfants, mais elles doivent assumer des conséquences si besoin).
Lors de ma première grossesse et pendant les premiers temps de la vie de ma grande, je lançais allègrement : "pour élever un enfant, ça prend de l'amour, c'est tout". J'ai arrêté, parce que les gens réagissaient bizarrement. On me regardait d'un air horrifié en ben voyons donc: ça prend aussi des règles, de la discipline... Et là c'est moi qui ne comprenait plus. Dans ma tête, ça a toujours été une évidence: quand tu aimes quelqu'un, tu le guides. Laisser la personne faire n'importe quoi sans l'accompagner, ce n'est pas de l'amour, c'est de la lâcheté.
Salle d'attente ce matin. Vieux numéros de magazines. Je tombe sur un article qui traite justement de ce sujet. Et la dame spécialiste de l'enfance d'affirmer : "Aimer ses enfants, ce n'est pas suffisant". Suivi une histoire des théories de l'éducation et de comment on est passé de "le parent a raison" à "l'enfant est une personne à part entière". On joue sur les mots ici.
Je persiste et je signe: le parent qui donne tout a son enfant (temps, jouets, caprices) et qui en fait un petit monstre en puissance comme on en voit beaucoup trop ces temps-ci, ce n'est pas un parent guidé par l'amour. Ce n'est pas ça, aimer son enfant. L'aimer, ce n'est pas le traiter en adulte, c'est lui apprendre, tranquillement et à son rythme, à en devenir un. Aimer, c'est imposer des limites. Et respecter les siennes.
Émilie C. Lévesque
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