Le sommeil du nouveau-né
par Brigitte Langevin
Dormir : un fait apparemment anodin, normal, mais qui peut tourner à l’obsession lorsque vous êtes parents. Vous avez sans doute déjà vu des couples épuisés, roulés en voiture dans le quartier la nuit tombée, dans l’espoir que le ronronnement du moteur endorme leur chérubin. Qui n’a jamais entendu un collègue de travail, nouvellement papa, annoncer que « bébé » l’a obligé à se lever huit fois dans la nuit?
C’est dès la naissance que se construit le rapport au sommeil. Selon les habitudes adoptées, on devient un bon ou un mauvais dormeur. Les parents ont une responsabilité éducative majeure à jouer dans ce domaine. Il leur appartient de se renseigner sur les mécanismes du sommeil, de comprendre les enjeux et d’adopter les bonnes attitudes. Pourtant, le sommeil, contrairement à la diététique, ne fait l’objet d’aucune information systématique à la naissance du bébé. Malheureusement, dans bien des cas, le sommeil commence à susciter un vif intérêt lorsqu’il pose problème.
Les nourrissons diffèrent les uns des autres, cependant, un point fait l’unanimité : ceux qui font leurs nuits sont extrêmement rares. Par ailleurs, aucun calendrier, aucune échelle de développement ne peut être valable pour tous, aucune recette ne doit être suivie à la lettre. Chaque enfant est unique, grandit et se développe à son rythme et chacun dort à sa manière également.
Le nouveau-né ne différencie pas le jour et la nuit. Ses réveils se produisent à n’importe quel moment, il est indifférent à l’environnement lumineux. Il s’endort d’emblée en sommeil agité (sommeil de rêves) et celui-ci représente 60% du sommeil total et peut atteindre 8 à 10 heures par jour chez le nouveau-né à terme. Ne soyez pas surpris de le voir sourire aux anges, grimacer ou encore émettre quelques sons pendant qu’il dort, c’est en réponse à ce qui se joue dans sa tête : il rêve. Cette phase peut durer de 20 à 30 minutes, suivie d’une phase de sommeil calme. Un cycle complet (sommeil agité/sommeil calme) dure en moyenne 50 à 60 minutes. L’enchaînement de trois ou quatre cycles permet un sommeil de 3 à 4 heures d’affilée. Certaines périodes de sommeil un peu plus longues surviennent au hasard, aussi bien le jour que la nuit.
Piège à éviter
Dans les premières semaines de vie, lorsque le bébé est en sommeil agité (sommeil contenant majoritairement des rêves), son visage est particulièrement expressif avec de multiples mimiques. Il ne paraît pas vraiment endormi, mais plutôt traversé de moments de malaise, de douleur et puis aussi de bien-être. Il peut gazouiller, carrément pleurer ou même ouvrir les yeux. Trop de parents interprètent ces expressions comme des signes d’éveil, de souffrance ou encore d’appel. La projection de leurs expériences émotionnelles d’adulte sur des mouvements quasiment réflexes de leur bébé font intervenir les parents parfois à tort. Pour consoler l’enfant, le rassurer, ils finissent par réellement le réveiller. Résultat : le sommeil calme ne succède plus naturellement au sommeil agité. Ces réveils intempestifs provoqués par l’adulte gênent son repos normal, le fatiguent, mais surtout inculquent au bébé l’habitude de se réveiller après une période rêves.
Il se crée un véritable cercle vicieux : les parents, bien intentionnés veulent rassurer leur bébé, mais nuisent directement à son sommeil. Il est bien plus néfaste de rompre un rythme de sommeil d’un tout-petit que de le laisser pleurer quelques instants sans le consoler. Il s’agit là d’une des causes des problèmes de sommeil où l’enfant va se réveiller, chaque nuit à toutes les deux heures ou presque, parce que son cerveau aura associé « fin de sommeil agité » (période de rêves) à « réveil ».
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Stratégie :
Afin de favoriser la transition entre la vie intra et extra-utérine, il convient de procurer au nouveau-né des moments où il s’endort dans les bras de ses parents et où il pourra y rester toute une période de sommeil, c'est-à-dire à partir de l’endormissement jusqu’à son éveil spontané. Ensuite, une autre fois, il y a lieu de le coucher au moment où il ralentit sa succion pour qu’il apprenne à s’endormir seul dans son lit. L’idéal est de ne pas mélanger les deux scénarios, c'est-à-dire lorsqu’il s’est endormi dans vos bras de le déplacer pour le mettre dans son lit. D’abord parce qu’il risque de s’éveiller, ensuite, parce que le fait de se réveiller dans des conditions et un lieu différent de ceux de l’endormissement est insécurisant. Cela vous est-il déjà arrivé? Même pour un adulte c’est angoissant.
Par ailleurs, le seul moyen pour les deux parents de ne pas sortir épuiser de cette période consiste à pratiquer l’alternance des disponibilités. Le père assume au moins les tétées de nuit du vendredi et du samedi puisqu’il peut possiblement ces jours-là, récupérer par une grasse matinée ou une sieste. Les autres journées peuvent être à la charge de la maman qui récupérera un peu son temps de sommeil lors des siestes de bébé.
Enfin, le premier mois ne dure pas toute la vie, rassurez-vous!

Pour en savoir plus sur le sommeil des enfants :
Comment aider mon enfant à dormir
De la naissance à l’adolescence
Par Brigitte Langevin, auteure, conférencière et formatrice
www.brigittelangevin.com
Listes des articles dans besoins du bébé
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