
L’adaptation néonatale : Une globalité d’accueil
Condensé fait par Annabelle Gélinas, accompagnante
Naître, c’est changer d’univers ; Naître, c’est créer des liens… Dès qu’il naît, après avoir mis en route sa respiration et modifié ses circuits cardiovasculaires, le bébé va se trouver confronté à trois grandes nécessités métaboliques :
La première, c’est de régler son « thermostat » pour conserver sa température d’homéotherme à 37° dans un air ambiant beaucoup plus frais que le chaud liquide amniotique auquel il était habitué. En même temps, la petite « éponge aquatique » va devoir ajuster le pourcentage d’eau de son organisme à sa nouvelle vie aérienne. Comme tout ce qui était dans l’eau et passe dans l’air, il va « sécher », passer d’un état de relative hyper-hydratation qui était son état foetal utérin à un état de normo-hydratation.
Pendant les premiers jours, cette perte d’eau va se traduire par une chute de poids nette sur la balance. Il lui faut enfin mettre en place les mécanismes de maintien d’un taux glycémique et énergétique constant. Jusque-là, nourri en perfusion continue par le cordon ombilical, il dépendait entièrement de la glycémie – elle-même constante - de sa mère. À partir de la naissance, donc de la disparition de la circulation ombilicale, son foie va prendre le relais et assurer cette fonction essentielle. À chaque tétée, il rechargera son stock glycogénique, et celui-ci relèguera une à une les molécules de glucose qui le constituent, au fur et à mesure des besoins de l’organisme
Ces trois réalités métaboliques sont liées entre elles. S’il perd vite de l’eau, il va perdre de la chaleur, tout simplement parce que perdre de l’eau est le moyen dont dispose notre corps pour perdre de la chaleur et éviter de monter en température. Quand nous avons trop chaud, nous transpirons, nous respirons plus vite, nous buvons et urinons plus, ce qui évite à notre corps une « poussée » de fièvre. Or qui perd de la chaleur, perd de l’énergie. S’il a froid, il va consommer une graisse spéciale, nommée tissu adipeux brun, qui a dans l’organisme la propriété de ne servir qu’à fabriquer de la chaleur car l’énergie fournie par sa combustion ne peut être recyclée. Ce tissus fondamental dans le maintien de la température de tous les homéothermes- se reconstitue lui aussi au moment des repas, mais son utilisation importante lors d’un refroidissement peut entraîner une hyper-consommation de glucose pour le reconstituer, et ce, au détriment de la recharge du foie en glycogène si les apports sont limités.
Cela nous amène tout naturellement à comprendre que le maintien de la glycémie dans la période néonatale, c’est d’abord éviter les dépenses inutiles. : Dépense en eau, dépense de chaleur, dépenses de travail musculaire…
Éviter les dépenses en eau, c’est éviter les atmosphères trop sèches, trop chaudes, les chaleurs par convection ou par radiation, éviter les courants d’air. C’est aussi respecter la protection lipidique de la peau qui freine la déshydratation, donc ne pas enlever le vernix néonatal, puis éviter les premiers jours les savonnages excessifs. C’est aussi le couvrir, car la peau exposée à l’air perd plus d’eau. C’est encore limiter la diurèse donc éviter le stress et le froid (qui font uriner, vous le savez bien), et ne pas apporter de boisson hypo-osmotiques, donc d’eau ou d’eau sucrée. Du fait de l’immaturité rénale, les premières semaines l’eau n’est à peu près pas fixée dans l’organisme. Par contre, recevoir du colostrum, ce premier lait très riche en sels et en petites protéines osmotiquement actives permet au bébé de boire un liquide, certes peu abondant, mais dont l’eau ne quittera pas son corps dans une diurèse immédiate. Enfin, éviter les pertes d’eau, c’est aussi éviter les cris, les efforts respiratoires qui augmentent considérablement les pertes d’eau à chaque expiration.
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Éviter les dépenses de chaleur, c’est le couvrir soigneusement, éviter les longs moments de peau à l’air lors des changes ou des toilettes, couvrir éventuellement le crâne qui représente chez le nouveau né près de 30% de la surface corporelle
Limiter les pertes d’eau et de chaleur et favoriser les apports alimentaires réguliers
Le meilleur moyen de prévenir tout à la fois, les pertes d’eau, de chaleur, et de consommation par effort musculaire, c’est la proximité la plus étroite possible entre le nouveau né et sa mère, si possible en peau à peau. Contre la peau humide et chaude de sa mère, bercé par sa respiration et les bruits de son coeur, il pleure rarement et peut traverser cette étape de transition dans une douce « couveuse » extra-utérine. Chaque fois que c’est possible et que la mère en a envie, pourquoi ne pas y penser et surtout de quel droit l’interdire?
En plus, bien au chaud contre elle, près de l’odeur des aréoles, il sera plus souvent, plus facilement réveillé et stimulé à téter, ce qui, à chaque fois, lui apportera des éléments nutritionnels pour recharger son glycogène et permettre la construction de ses cellules et organes. Comme il est peu stressé son geste de succion est efficace, et ce geste efficace stimule la lactation. Tout se tient. Mais l’adaptation néonatale, avec toutes les transformations qu’elle comporte représente néanmoins une période de transition problématique. Le bébé peut dormir trop longtemps et espacer ses prises alimentaires, la pièce peut être trop chaude, trop sèche. Surtout, et c’est cela le plus grave, nous avons imposé aux mères de limiter les prises alimentaires, de « faire attendre » les bébés, ou de contrôler la durée des tétées sous des prétextes qui peuvent tous être rangés au musée de la médecine préhistorique : la dilatation d’estomac, le temps de digestion, la peur des caprices et l’urgence de le régler…..
Docteur Marie THIRION
Pédiatre, Formatrice en physiologie des adaptations néonatales et allaitement maternel
Conférence donnée le 25 Avril 2002 A l’association « L’Envol » - Lille
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